Souvent, quand je les vois côte à côte, je me dis qu’ils feraient un bon couple de comiques : Sven avec ses 1m80, cheveux bouclés tombant sur les épaules et Madame Koyabachi, du haut de ses 1m40 (je n’exagère pas), une drôle de trogne sympathique plantée sans transition sur un corps rond avec de part et d’autre des bras toujours en mouvement, on dirait un personnage de Tim Burton.

Lundi était férié au Japon et madame Koyabashi nous a conviés à un concert de son groupe : les Clover Bell Friends dans le Music Hall de Yokohama. Plutôt que de faire le triangle comme Sven l’avait compris dans un premier temps, elle jouait des cloches. Pour être plus exact, il s’agissait d’un orchestre entier de cloches, vingt ‘tinteurs’ : 18 femmes et deux hommes (dont un à moustaches, je le note car c’est chose rare au Japon) jouant des mélodies classiques. Imaginez derrière deux longues tables couvertes de velours rouge, vingt personnes, chacune avec trois cloches devant soi et toutes en chemisier blanc, bon ça c’est normal, mais toutes avec exactement le même modèle de chemisier brodé, le même modèle de jupe noire (sauf les hommes), les mains gantées de blanc et l’air concentré. ‘Ils ont oublié leur masque’ me glisse Sven (il n’est pas rare en hiver de porter un masque de chirurgien, soit quand on est malade pour éviter de filer sa crève aux autres, soit quand on est pas malade et qu’on a peur qu’un malade n’ai pas mis son masque et nous refile sa crève).

Sur un geste du chef d’orchestre, le concert commence. A ma grande surprise, les cloches ont un son tamisé, leur pendant est couvert de mousse donc elles ne tintent pas, mais émettent un son discret. C’est très drôle de voir ces vingt personnes aux gants blancs et aux mines graves agiter ensemble des cloches à des moments précis et produire ainsi des mélodies classiques. Le son me fait penser à celui de l’orgue électronique, même ton feutré, même effet aseptisé. Je ferme les yeux et, ‘demande pas pourquoi’, pense à Jonny Holliday chantant ‘Que je t’aime’ sous la Tour Eiffel dans la canicule parisienne du mois de juillet.

Dimanche dernier, c’était le kodomonohi (le jour des enfants), fêté le 5 mai. Sur tous les balcons d’appartements dans lesquels vivent des enfants, flottent des carpes de tissus dans lesquels le vent s’engouffre, le poisson ondule et semble ainsi nager dans l’air. La carpe est le symbole de la force maîtrisée, calme et discrète, on en offre spécialement aux petits garçons en cette occasion. Le long de la Sagamiriver où nous sommes allés faire un pique-nique avaient été tirées de part et d’autre de la rivière d’immenses cordes sur lesquels une myriade de poissons en tissu coloré étaient accrochés confondant ainsi les nues et les flots. Sur les berges se tenait une kermesse avec un tas d’enfants de 0 à 10 ans, la bouche rouge de glace à la grenadine, les doigts collant de barbe à papa et pour certains, tenant un petit sachet de plastique avec un poisson rouge ou une petite tortue dedans, à la grande joie des parents.

Samedi, Sven a finalement expérimenté le coiffeur. C’est un sosie japonais de Elvis Presley en fin de carrière qui s’est occupé de lui, ‘avec un doigté très délicat’ m’a confié Sven qui s’est fait couper, raser, masser les épaules puis les tempes. Le coiffeur a surtout passé un certain temps avec trois instruments différents pour parfaire l’arrondi de cheveux au-dessus des oreilles, résultat impeccable.

Voilà, notre golden week (un pont de quatre jours début mai) se termine alors que les ponts français commencent. Bons week-ends et à bientôt pour un prochain bulletin.

Violaine