Qui a dit que les études littéraires ne servaient à rien ? En attendant que l'équipe de production intègre les modifications, nous étions invités à jouer soit à 'Gitaroo Man', soit aux multiples jeux de la société Keio dans leurs versions chinoise ou japonaise. Pour ce qui est de décimer des armées chinoises dans la plaine du Chu-Dan avec une hache à triple lames, j'étais plutôt nulle. Finalement 'Gitaroo Man', où il s'agit de suivre avec les manettes de la Play Station des morceaux de plus en plus compliqués de Japan Pop ou de techno était pour moi le jeu le plus accessible. A la fin de la journée, j'avais les yeux comme des toupies, les pouces alertes et les oreilles emplies des morceaux écoutés cinquante fois dans la journée.

Que dire sinon des sociétés japonaises.pas grand chose en fait. L'ambiance est plutôt sérieuse, cela on me l'avait déjà dit, on ne s'amuse pas trop sur le lieu de travail, je pensais tout de même que dans une société de jeux vidéos, l'atmosphère serait plus amusante.

Au niveau des conditions de travail, les 'arbeito' (jobeurs) comme je l'étais sont plutôt correctement payés, avec un système de pointage qui permet de vérifier les éventuelles heures sup., chaque quart d'heure supplémentaire est payé. J'ai demandé un peu à nos superviseurs américains (je travaillais dans la section internationale) leurs conditions d'emplois : ils ont souvent un logement fourni à proximité de l'entreprise, doivent faire pas mal d'heures sup. mais celles-ci sont bien rémunérées, ils ont des primes à l'occasion, sont satisfaits en général. C'est un peu l'idée que je me faisais des sociétés américaines : réglos, travailleurs, mais une ambiance de travail plutôt mortifère.

Pour brosser un tableau très rapide de l'emploi au Japon, il y a deux types de sociétés : les grandes dans lesquelles les employés ont pleins d'avantages (logement, voyages, primes, couverture santé, etc.) et pour lesquelles on se dévoue corps et âme (en passant ses soirées au bureau et ses vacances dans les voyages d'entreprises) et les PME avec beaucoup moins d'avantages et pour lesquelles on travaille un peu moins que dans les grosses boites mais presqu'autant quand même. Enfin, un troisième type de salariat se développe de plus en plus au Japon et rencontre un grand succès chez les femmes ou les jeunes : les arbeito avec une très faible couverture sociale et aucun des avantages que n'apporte la grande société, mais qui assure un salaire correct et n'entraîne pas une vie trop aliénée à l'entreprise. Lequel choisiriez-vous ?

Le grand évènement du mois d'avril cela a tout de même été les cerisiers. Tout à coup, il se produit une véritable explosion de fleurs blanches à légère nuance rose et verte sur les branches noires et nues des cerisiers, le spectacle est saisissant. Levez les yeux sous une allée de cerisiers, une voûte de flocons fleuris vous enveloppe et il flotte dans l'air une odeur de miel frais délicieuse.

Surtout, la floraison des cerisiers est célébrée par des fêtes de fleurs dans presque tous les quartiers et par des piques-niques organisés le soir entre amis. A Tokyo, le lieu de rendez-vous le plus célèbre pour les o-hanami (pique-nique sous les fleurs) est le parc de Ueno avec ses allées de vieux cerisiers croulants sous les fleurs. Les gens viennent avec des marmites de soupe aux légumes dans lesquelles des nouilles pourront être cuites, des petits réchauds de gaz, des petits barbecues pour les brochettes de poulet. Chaque groupe a son transistor avec souvent de la musique traditionnelle japonaise, certains ont sorti leur guitare et chantent de vieux tubes des Beatles. Les groupes voisins font souvent connaissance, les enfants jouent entre eux ou vont faire la sieste dans des petites tentes aménagées par leurs parents. Quand la nuit tombe, on allume bougies et lampions.

Les soirs d'avril dans le parc de Ueno, une foule d'une densité inimaginable, assise sous la voûte blanche des allées de cerisiers remplie la nuit d'odeurs de nouilles, de bouillon de légumes, de poulet grillé, de bière et d'un brouhaha joyeux.

Dans tous les petits parcs municipaux, on trouvera également des groupes similaires de pique-niqueurs. L'ambiance y est plus calme, plus détendue. Passez devant un groupe, on vous invitera sûrement à vous asseoir pour goûter les brochettes qui justement sont à point et pour discuter un peu en jap-anglais.

Cette année, la floraison des cerisiers a eu lieu quinze jours à l'avance qui fait que les parents qui avaient parfaitement calculé leur coup pour être là à cette époque ont loupé cette ambiance festive typiquement japonaise. Ils sont tombés dans la période des azalées, très belles fleurs également, ont particulièrement apprécié Shibuya (équivalents des Halles à Tokyo) le samedi soir et sa foule d'ados délurés. Nous avons été ensemble à Kyoto et Nara, deux villes splendides enserrées dans la montagne, empreintes d'histoire (1600 temples à Kyoto) et qui vivent au rythme calme de la province, l'occasion de découvrir tout un pan du Japon que l'on ne voit pas à Tokyo. J'ai profité du passage de ma mère pour apprendre à tricoter car pour ceux qui ne le savent pas encore, nous attendons un enfant pour fin septembre.je sens que l'été japonais réputé insupportable pour sa moiteur torride va être intense. Sven de son côté diversifie ses tentatives de jardinage. Il a mis dans notre minus jardin des plants de pastèque, de concombre, de tomates, de mini-tomates, de potiron, d'aubergine et des graines de thym, romarin, basilic, persil, ciboulette, vu l'évolution du temps : de plus en plus chaud et humide, cela devrait pousser vite. Il a bien sûr ajouté au milieu de tout cela des graines de tournesols, tja klar.

À bientôt pour un prochain bulletin

violaine